La web série : De Gaulle, un homme du Nord

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Grâce à de nombreuses archives audiovisuelles, cette série nous fait découvrir la relation particulière que Charles de Gaulle a entretenue tout au long de sa vie avec les régions du Nord et leurs habitants.

Cette dimension, souvent méconnue, est importante pour comprendre sa personnalité.
Dès sa naissance à Lille en 1890, le solide ancrage nordiste de sa famille maternelle et les épisodes fréquents et importants de sa vie d’enfant et de jeune adulte vécus dans le Nord le marquent profondément.

De nombreux témoignages ont en effet confirmé que « l’esprit du Nord » a exercé une influence durable sur l’homme du 18 juin.
Dès l’acte fondateur de 1940, de Gaulle entre à son tour dans la vie du Nord. Durant les heures sombres de l’Occupation, puis dans la joie de la Libération, il est vu par les habitants du Nord de la France non seulement comme le libérateur de la patrie, mais aussi comme l’un des leurs.
De Gaulle ne manque jamais l’occasion de le leur rappeler au cours de ses déplacements après la Seconde Guerre Mondiale.

À partir de la création du Rassemblement du peuple français en 1947, puis après son retour au pouvoir en 1958, le général de Gaulle bénéficie d’un soutien large, populaire et massif qui le conforte dans certaines grandes décisions. Ce lien fort avec sa région d’origine se perpétue dans la mémoire des hommes et des femmes du XXIe siècle.

Jimmy Leipold
Jimmy Leipold, historien de formation, est réalisateur depuis 1995. Après avoir réalisé de nombreux documentaires éducatifs à travers le monde, il se consacre majoritairement aux documentaires historiques pour France Télévisions, ARTE, OCS ou Toute l’Histoire.

Marc Fosseux
Né à Saint-Omer en 1969, Marc Fosseux se passionne très tôt pour la vie et l’œuvre du général de Gaulle. Diplômé de l’institut d’études politiques de Paris, licencié en histoire et ancien élève de l’école nationale d’administration, il a exercé de nombreuses responsabilités dans l’administration et en entreprise. Il s’est investi parallèlement dans la Fondation Charles de Gaulle et en particulier dans la promotion des lieux gaulliens ouverts au public (maison natale à Lille, mémorial et la Boisserie à Colombey-les-Deux-Églises, historial du musée de l’armée à Paris). Secrétaire général de la Fondation de 2011 à 2020, il en est toujours administrateur et président des Amis. Il a publié en juin 2020 l’ouvrage  » Nous autres gens du Nord – de Gaulle et les Hauts-de-France » (éditions de La Voix du Nord).

Les trois premiers épisodes sont consacrés aux années 1890 à 1940, avant que Charles de Gaulle ne devienne l’homme du 18 juin. Chacun de ces trois épisodes montre que des épisodes marquants de sa vie se sont déroulés dans les départements des Hauts-de-France, le Nord principalement, mais aussi le Pas-de-Calais, l’Aisne et la Somme.

Episode 1 : L’enfance d’un chef

Charles de Gaulle naît le 22 novembre 1890 dans la maison de ses grands-parents maternels, M. et Mme Maillot, rue Princesse à Lille. La famille Maillot est installée depuis deux siècles dans le Nord, c’est une terre qui le marquera toute sa vie. S’il vit avec ses parents, sa sœur et ses frères à Paris, Charles de Gaulle revient fréquemment dans la région pour les vacances en famille à Lille ou sur la Côte d’Opale à Wimereux. Reçu à l’école militaire de Saint-Cyr à 18 ans, il choisit de faire son année de service militaire au 33e régiment d’infanterie d’Arras où il revient en 1912 après sa formation d’officier.

Episode 2 : Premières armes

Le 6 août 1914, avec tout son régiment, le lieutenant Charles de Gaulle quitte Arras pour se rendre sur le front en Belgique où les armées allemandes viennent de pénétrer. À Dinant, il part à l’assaut avec sa compagnie en traversant le pont sur la Meuse mais est fauché par un tir de mitrailleuse. Son destin aurait pu s’arrêter là, mais il est seulement blessé à la jambe. Après deux mois de soins, il rejoint son régiment qui se trouve désormais dans l’Aisne, près de Pontavert et de Berry-au-Bac. C’est la guerre de tranchées. Il restera dans ce secteur pendant de longs mois. En février 1916, il suit son régiment qui rejoint en urgence le secteur de Verdun.

Episode 3 : Un visionnaire en action

En mai 1940, le colonel Charles de Gaulle, spécialiste des chars, est envoyé dans la région de Laon (Aisne) pour tenter d’arrêter l’avancée des Panzer allemands. On lui confie une nouvelle division cuirassée qu’il est chargé de constituer en un temps record. Le 17 mai, avec ses chars, il s’élance en direction de Montcornet, déjà occupé par l’ennemi. Si les chars français infligent aux Allemands de lourdes pertes, ils ne peuvent reprendre Montcornet faute d’appui aérien et de moyens de communication efficaces. Dans le contexte de la déroute des armées françaises, ce fait d’armes est toutefois remarqué. Promu général de brigade à titre temporaire quelques jours plus tard, de Gaulle est envoyé avec sa division dans le secteur d’Abbeville, avec l’objectif de réduire la tête de pont allemande. Au cours de trois jours de combats très intenses, il parvient avec ses hommes à faire reculer l’armée allemande d’une quinzaine de kilomètres, créant dans cette dernière un début de mouvement de panique sans équivalent ailleurs sur le front au cours de la campagne de France. À Montcornet puis à Abbeville, de Gaulle a forgé sa détermination à poursuivre le combat quoi qu’il arrive.

Episode 4 : Un espoir nommé de Gaulle (Résistance et libération – 1940/1945)

Occupés dès fin mai-début juin 1940, les départements du Nord, du Pas-de-Calais, de l’Aisne, de la Somme et de l’Oise, déjà durement éprouvés par les combats et les bombardements destructeurs, subissent d’emblée un régime d’occupation particulièrement sévère qui les coupe littéralement du reste de la France. Les habitants du Nord se sentent abandonnés, et placent leurs espoirs dans l’allié britannique dont le souvenir durant la Première Guerre mondiale reste encore présent. Nombre d’entre eux ont pu entendre l’appel du général de Gaulle à la radio de Londres, largement écoutée dans la région : il devient rapidement le chef qu’on ne voit pas mais à qui se rallie une population qui prend très vite ses distances avec Vichy tant la région se voit pressurée, pillée et détruite par les nazis comme aucune autre région française.

Après de premiers actes de résistance dès 1940, les premiers mouvements s’organisent. Le soutien à la France Libre est très étendu dans toute la population et des Croix de Lorraine peintes sur les murs ne tardent pas à apparaître à Lille ou dans d’autres villes. Des journaux clandestins, comme la Voix du Nord, publient leurs premiers feuillets en 1941. En mai 1941, les mineurs déclenchent courageusement une grève qui perturbe les livraisons de charbon à l’Allemagne et sera réprimée par l’occupant. Tenu au courant de l’esprit de résistance qui anime les gens du Nord, de Gaulle cite en exemple les actes de résistance dans sa région natale pour montrer aux Alliés que la population française le soutient. Le 14 juin 1944, huit jours après le débarquement en Normandie, de Gaulle remet le pied sur le sol français pour la première fois depuis 1940, à Bayeux. Il lui faudra attendre encore quelques semaines pour retrouver ses compatriotes du Nord.

Episode 5 : Le héros de la libération (Résistance et libération – 1940/1945)

15 jours après son entrée dans Paris libéré et sa descente triomphale sur les Champs-Elysées, le général de Gaulle entame une tournée des principales villes françaises pour y affirmer l’autorité de l’État républicain et de son gouvernement provisoire. Après Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse, il arrive à Lille le 30 septembre 1944. Par dizaines de milliers, les Lillois acclament l’enfant du pays, oubliant pendant quelques instants les privations et les souffrances. Car dans le Nord plus encore qu’ailleurs, tout est à reconstruire, et la population est épuisée par des années de privations. Un an après, en août 1945, le général de Gaulle se rend dans l’Oise, dans la Somme, dans le Nord et dans le Pas-de-Calais pour appeler les travailleurs, et d’abord les mineurs, à un effort de reconstruction qui sera entendu. La ferveur populaire est à la hauteur du héros national qu’il est devenu. Partout où il s’arrête, les habitants veulent lui témoigner leur reconnaissance.

Un sentiment sans doute renforcé par la fierté de partager avec lui les mêmes origines. Ces moments privilégiés de partage et d’émotion avec le peuple du Nord marquent profondément Charles de Gaulle qui écrira dans ses Mémoires de Guerre : « La Picardie et la Flandre me démontrèrent, à leur tour, que leur foi en l’avenir était de taille à tout surmonter « . Le libérateur de la patrie apparaît comme l’homme providentiel.

Episode 6 : Dans l’arène politique

Après son départ volontaire de la présidence du gouvernement en janvier 1946, le général de Gaulle s’oppose au projet de nouvelle Constitution et expose ses vues dans un discours à Bayeux le 16 juin 1946. N’ayant pu empêcher l’adoption de la Constitution de la IVe République, il décide de lancer en avril 1947 son propre mouvement politique, le Rassemblement du peuple français (RPF). Très vite, le RPF, qui vise à dépasser les clivages politiques et sociaux, attire un grand nombre de militants et d’électeurs. Le nord de la France devient l’un des bastions les plus solides du mouvement gaulliste, comme en témoigne le succès du grand meeting du 29 juin 1947 au Croisé-Laroche à Lille puis le raz-de-marée électoral lors des élections municipales d’octobre 1947 où un grand nombre de villes élisent des municipalités RPF, à commencer par Lille, Boulogne, Valenciennes, Compiègne ou Soissons.
Toutefois, en dépit de ce large appui populaire, le RPF ne parvient pas à remporter les élections législatives de 1951. Il entame alors un déclin, qui conduira le général de Gaulle à entrer dans une semi-retraite politique à partir de 1953. Beaucoup pensent alors qu’il ne reviendra pas en politique, mais lui sait que la IVe République est condamnée à l’impuissance et que, tôt ou tard, les Français le rappelleront.

Episode 7 : L’homme de l’unité nationale

Rappelé au pouvoir après les événements de mai 1958 en Algérie, Charles de Gaulle engage immédiatement la rédaction d’une nouvelle Constitution qui sera ratifiée par le peuple français lors du référendum de septembre 1958 et donne naissance à la Ve République. Il en devient le premier président le 8 janvier 1959. L’esprit nouveau comme sa personnalité historique le conduisent à chercher à établir une relation directe avec les Français qui se traduit par une série inédite de déplacements dans l’ensemble des départements français. Le 24 septembre 1959, il arrive au Touquet pour une visite de quatre jours dans le Pas-de-Calais puis le Nord.

Ce déplacement intervient alors que, huit jours plus tôt, le général de Gaulle a annoncé aux Français un tournant majeur de la politique en Algérie avec le droit à l’autodétermination. Il veut faire valider sa politique en allant directement à la rencontre des Français. Les habitants et les élus des deux départements nordistes approuvent sans réserve cette orientation nouvelle qui laisse entrevoir une solution politique au drame algérien. Durant quatre jours, de Gaulle est acclamé partout où il passe, il est véritablement l’homme de l’unité nationale. Ce voyage se déroule dans une ambiance exceptionnelle qu’on ne retrouve dans aucun de ses autres voyages en province. La descente au fond de la mine à Haillicourt en reste l’un des moments forts.

Episode 8 : un président face aux doutes

Au printemps 1964, le général de Gaulle est à la tête de l’État depuis six ans. S’il apparaît au sommet de son parcours politique, il doit aussi faire face à des doutes illustrés par des mouvements de contestation sociale comme la grande grève des mineurs de l’hiver 1963 ou les réactions des grandes puissances, États-Unis en tête, face à ses initiatives en politique internationale. De plus, on s’approche du terme de son mandat, prévu fin 1965, et personne ne sait s’il compte se représenter. Cette incertitude est renforcée par l’intervention chirurgicale qu’il subit en avril. C’est dans ce contexte que de Gaulle entreprend un voyage dans les trois départements picards du 11 au 14 juin 1964 pour, de nouveau, expliquer sa politique directement aux Français. Il y expose ses vues, notamment sur la politique internationale, défendant la politique de coopération avec les anciennes colonies françaises en Afrique et avertissant les Américains du danger de s’engager trop loin dans le conflit vietnamien. Ce voyage se déroule dans une ferveur et un enthousiasme populaires extraordinaires, même dans les villes où le climat politique et social fait craindre dans un premier temps des réactions hostiles de la population.

En sillonnant, sous le soleil, les routes de l’Aisne, de la Somme et de l’Oise, de Gaulle se rappelle que c’est là qu’en mai-juin 1940, dans des circonstances autrement plus dramatiques, il forgea sa résolution de continuer le combat quoi qu’il arrive. De nombreux commentateurs n’hésitent pas à dresser un parallèle avec la situation politique, et à imaginer que ce voyage réussi en Picardie, qui ressemble à un bain de jouvence pour le général, l’incitera à se représenter pour un deuxième mandat présidentiel à l’élection de décembre 1965.

Episode 9 : une certaine vision de l’avenir

Réélu pour un deuxième mandat le 19 décembre 1965, mais après avoir été mis en ballottage au premier tour contre toute attente, de Gaulle comprend qu’il ne lui suffit plus de parler aux Français de la France et de ses grandes ambitions, mais qu’ils veulent aussi qu’on s’intéresse à leurs problèmes. Si la situation économique et sociale n’inspire pas d’inquiétudes, de Gaulle sait qu’il faut engager des mutations importantes pour permettre à la France d’affronter le choc extérieur que constitue l’ouverture au Marché commun européen et pour assurer un meilleur accès de tous les Français à la prospérité et au développement.

C’est dans ce but qu’il engage un nouveau déplacement dans le Nord-Pas-de-Calais du 23 au 26 avril 1966. Si la région lui a été fidèle lors de l’élection présidentielle, elle fait face à des problèmes économiques et sociaux dont le plus pressant est la perspective de la fin de l’exploitation du charbon qui nécessite un immense effort de reconversion de l’appareil productif et des mineurs eux-mêmes.

Le thème principal du voyage présidentiel est par conséquent l’aménagement du territoire, et l’affirmation de la région, nouvelle structure administrative, que le pouvoir gaulliste souhaite voir jouer un rôle dans la mise en œuvre des politiques publiques qui ne devront plus uniquement être décidées par Paris mais s’appuyer sur les aspirations locales. C’est le thème de la participation, cher au général de Gaulle, et cela peut se voir également comme une première étape vers la décentralisation. Cette mutation, qui n’était pas inscrite au départ dans la Constitution de la Ve République, apparaît nécessaire au général de Gaulle pour consolider cette dernière et l’ancrer auprès des forces vives de la Nation. À cet égard, le discours qu’il prononce pour l’ouverture de la foire internationale de Lille le 23 avril annonce avec trois ans d’avance le référendum sur la régionalisation et le Sénat d’avril 1969 qui sera perdu.

S’il passe de longues heures en réunions et en audiences à la préfecture à Lille, de Gaulle visite également le port de Dunkerque, en pleine modernisation, Calais, où il retrouve son beau-frère le député-maire Jacques Vendroux, ainsi que l’usine chimique de Mazingarbe. Il annonce de grands projets d’équipements qui structurent aujourd’hui encore la région : autoroutes, constructions scolaires et universitaires, création de la communauté urbaine de Lille-Roubaix-Tourcoing.

Ce voyage, qui sera en fait le dernier du général dans sa région natale, montre une fois de plus combien les liens personnels qu’il a avec la population du Nord sont forts et empreints d’estime mutuelle.

Episode 10 : Les racines du Nord

Le 28 avril 1969, de Gaulle met fin volontairement et définitivement à ses fonctions, après l’annonce des résultats du référendum sur la régionalisation et le Sénat.

Il rentre chez lui à Colombey-les-Deux-Églises, et part quelques jours plus tard pour un séjour de six semaines en Irlande, sur les traces de ses ancêtres Mac Cartan qui avaient émigré à la fin du XVIIe siècle dans le nord de la France.

Ce souhait d’un retour aux racines familiales permet de comprendre l’attachement très fort de Charles de Gaulle à sa région natale, le Nord, non seulement au plan familial, mais aussi au plan charnel et même spirituel.

Toute sa vie, de Gaulle s’est senti fier d’être ce qu’il appelle “un petit Lillois de Paris”, fier aussi de la capacité des gens du Nord à affronter les épreuves, à regarder les choses avec lucidité et avec courage, sans se « payer de mots » selon une expression utilisée lors du discours prononcé à Lille à la Libération en 1944.

Ce trait de caractère est aussi celui de son épouse, Yvonne. Cette fille d’industriels calaisiens, très croyante, partage avec lui les mêmes valeurs de la bourgeoise catholique du Nord. Ces valeurs influencent profondément Charles de Gaulle. Marqué depuis son enfance par la pauvreté et la misère qu’il découvre dans les rues de Lille, il restera toute sa vie sensible aux inégalités sociales et soutiendra l’idée d’une meilleure coopération entre les patrons et les salariés, ce qu’il appellera la participation.

Charles de Gaulle sait que son tempérament et ses valeurs d’homme du Nord, catholique et patriote, l’ont aidé à mener ses multiples combats pour la France et pour tous les hommes.